Violences dans la formation artistique : retours de colloque

Dans l'enseignement artistique, l’engagement passionné et la recherche de l'excellence ne peuvent pas justifier des comportements qui portent atteinte à l'intégrité physique ou psychologique des élèves. Le contexte particulier de cet apprentissage, marqué par un rapport au corps permanent, une recherche accrue de performance et une certaine intimité dans la relation pédagogique, est facteur de risques en termes de relations dysfonctionnelles (violences éducatives ordinaires, abus de pouvoir, emprise, atteintes sexuelles par personne ayant autorité etc.). En particulier en musique, le face-à-face pédagogique se déroule souvent dans des salles fermées, ce qui réduit la possibilité d’un regard tiers.
Identifier et qualifier les situations à risque
La croyance ancrée dans les milieux artistiques (et sportifs) dans le « no pain no gain » laisse trop souvent croire que la réussite ne passe que par le travail douloureux et le surmenage. L’adhésion à cette représentation du travail artistique impacte la relation pédagogique. Elle peut conduire à accepter et à participer à une relation délétère.
Celle-ci rencontre trop souvent un phénomène de déni collectif, avec le silence et l'omerta qui en sont les corollaires. Fréquemment, « l'excuse du génie » est mise en avant pour fermer les yeux sur les agissements de certains maîtres reconnus sous prétexte de leur talent. Ces situations sont d'autant plus préoccupantes pour les élèves les plus vulnérables, et particulièrement ceux en situation de handicap.
Pour aider les jeunes et leurs parents à identifier les situations à risque, des outils comme le « violentomètre de l'enseignement artistique » permettent de qualifier les actes : se sentir humilié par une remarque insistante, subir des pressions excessives, être « invité » à venir répéter au domicile de l'enseignant ne participe pas à la mise en place d’un cadre d’apprentissage vertueux et sécurisant. Un professeur ne devrait jamais toucher un élève sans avoir préalablement énoncé son geste et demandé un accord explicite. Avant d'ajuster une posture ou de replacer une main, l'enseignant doit en effet expliquer la visée technique et s'assurer que l'élève accepte ce contact.
Sensibiliser, éduquer, lutter contre les discriminations pour prévenir les violences
La prévention passe aussi par une éducation à l'égalité, la diversité et la mise en lumière des discriminations dès le plus jeune âge. Dans le cadre de l’enseignement artistique, il s’agit par exemple de dégenrer le choix des instruments, de faciliter la mixité en danse, de valoriser et intégrer davantage les femmes autrices dans les répertoiresp pour sortir des schémas patriarcaux. Il est indispensable de prendre conscience collectivement de l’aspect systémique et banalisé des comportements abusifs. La prévention repose donc avant tout sur l'instauration d'une "culture commune" de l’accueil de l’élève, de la transmission des arts et de l’accompagnement à la création.
Face à un doute ou une situation de danger, des ressources concrètes existent pour ne pas rester seul. Chaque établissement d'enseignement artistique, classé par le ministère de la Culture, doit aussi disposer d'une charte éthique et d'un protocole de signalement. Des référents formés sont progressivement mis en place pour accueillir la parole et orienter les victimes vers les procédures de signalement. Ces référents VSS mènent aussi des actions pour éduquer à l’importance du lien et du collectif, sensibiliser les élèves au consentement, identifier des situations potentielles de harcèlement, etc. Des associations spécialisées, comme Colosse aux pieds d'argile ou Les Papillons, interviennent pour sensibiliser les enfants et leurs parents, et accompagner les victimes de violences.
Parler, intervenir, accompagner
Celles-ci ont encore des difficultés à s'exprimer auprès des pédagogues ou des directions d'établissement : conflit de loyauté de l'élève, peur d'être sanctionné et stigmatisé, d'être étiqueté comme parent fauteur de trouble, inquiétude des répercussions sur la trajectoire future etc. Il est recommandé de se tourner vers les représentants des usagers (associations, élus au conseil d'établissement, etc.) ou des tiers extérieurs (médecin, thérapeute, associations spécialisées en accompagnement des personnes en difficulté ou vulnérables) pour être accompagné dans les démarches conduites auprès de l'institution.
Il faut rappeler que les établissements ont l'obligation légale de protéger leurs usagers. De plus, tout agent public, dans l’exercice de ses fonctions, qui a connaissance d'un crime ou d'un délit, doit en référer au procureur de la République qui avise de la suite à donner au signalement (article 40 du code pénal). Au-delà, le devoir d’information s’impose à tout citoyen, au risque d’une sanction pénale (article 434 du code pénal). En cas de situation d’enfant en danger ou en risque de l’être, il est recommandé de contacter le 119 (Enfance en danger), gratuitement et confidentiellement. A ce numéro, des professionnels de la protection de l'enfance sont disponibles pour écouter, conseiller et orienter.
Libérer la parole et s'appuyer sur ces différents dispositifs est le seul moyen d'assainir le système et de garantir que l'école d'art reste un lieu d'épanouissement sécurisé pour tous.
Les intervenants, par ordre alphabétique
- Erwan Balanant, député, rapporteur de la Commission d’enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité
- Irène Basilis, Haute Fonctionnaire à l’égalité, la diversité et la prévention des discriminations au ministère de la Culture
- Nathalie Grandet, SNAM-CGT
- Me Negar Haeri, avocate pénaliste et pianiste
- Violaine Launay, professeure de contrebasse au conservatoire de Bordeaux
- Marie Marais, ancienne directrice conservatoire d'Ivry
- Ingrid Marienval, référente VHSS au conservatoire de Romainville
- Jean-Christophe Michel, président de l'Institut français d’art choral (IFAC)
- Olivier Moriette, sous-directeur de l’éducation artistique et des pratiques culturelles de la Ville de Paris
- Clarissa Severo de Borba, directrice du conservatoire de Nice
- Sébastien Thierry, inspecteur de la création artistique au ministère de la Culture
- Jean-Claire Vançon, directeur des études musicales au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP)
- Élise Vassallucci, chanteuse et violoniste
- Pascal Vigneron, directeur général de Colosse aux pieds d’argile
- Kat White, musicienne
Des ressources à partager
La commission d’enquête sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité
Présidente Sandrine Rousseau - Rapporteur Erwan Balanant
- Page de présentation des travaux de la commission
- Rapport
- Compte-rendu des auditions
- Présentation du rapport de la commission sur les violences sexuelles dans le monde de la culture (LCP - Assemblée nationale)
Le ministère de la Culture
- Plan de lutte contre les VHSS dans le spectacle vivant
- Plan contre les violences et le harcèlement sexistes et sexuels dans la culture (2025 –2027)
- En savoir plus sur l’attestation d’honorabilité
Pour les conservatoires :
- Le schéma national d’orientation pédagogique prévoit l’adoption d’une charte éthique qui décrit le dispositif de prévention des VHSS. Celle-ci est annexée au projet d’établissement.
- Exemple de charte éthique (la boussole) - Conservatoire de Bordeaux (33)
- Exemple de protocole de signalement des VHSS - Conservatoire d’Ivry-sur-Seine (94)
- Guide pédagogique de prévention des VHSS - Paris (75)
Les dispositifs nationaux de signalement des VHSS
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le 119, numéro dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l'être. Pour plus d’infos : le site allo119.gouv.fr ; le livret Le 119 au service des droits de l’enfant
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La cellule de signalement pour les étudiant.es de l’enseignement supérieur Culture. Pour la joindre : par téléphone au 0801 90 59 10 (numéro vert) du lundi au vendredi de 9h à 13h ; par courriel à signalement-culture@conceptrse.fr ; sur le site internet dédié (code d’accès à rappeler : 1959)
- La cellule de traitement des signalements du CNSMDP
Association d’appui et de sensibilisation : Colosse aux pieds d’argile
Sensibilisation et prévention
- “Quand on te fait du mal” - Texte de Dre Muriel Salmona et Sokhna Fall adapté et illustré par Claude Ponti. Brochure pour les maternelles et les primaires distribuée par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.
- Album “Interdit de me faire mal !” de Mai Lan Chapiron - Editions de La Martinière
- Court métrage Sing (Mindenki), 2016 - réal. Kristof Deak - Oscar du meilleur court métrage 2017
- Frise chronologique pour une éducation musicale plus inclusive : “Compositrices et compositeurs”
- Le Violentomètre de l’enseignement artistique - SNAM-CGT
