Culture et financement participatif
Retour sur le Thinkculture 2019, journée consacrée en cette rentrée au financement de la culture. FUSE y était et vous livre également ci-dessous des liens, pistes de réflexion pour aller plus loin...

Est-il normal ou aberrant, pour des organismes publics, de faire appel à des financements privés ? Le mécénat est-il une solution de secours ou juste une nouvelle démarche liée à la transformation de la vie culturelle et au développement du numérique ?

Crise des financements publics

Plus qu'un simple apport financier, l'accompagnement financier des pouvoirs publics découle d'une vraie vision de société, de la culture que l'on veut mener sur un territoire comme l'ont rappelé lors du Thinkculture 2019. Or il faut bien constater que les financements publics ont sensiblement baissé ces dernières années, ou se sont réorientés. 

Ainsi pour Hervé Digne (Manifesto), « La culture, c'est une base, elle apporte notre part d'humanité. L'investissement public est donc normal ». Carole Thibaut (CDN de Montluçon) va même plus loin et propose d'indexer les subventions (avec un minimum de 0,5%) sur l'évolution du coût de la vie pour maintenir un niveau constant d'investissement public dans la culture. 

Michel Orier (Radio France) et Thierry Teboul (Afdas) pronent une véritable évaluation des politiques publiques avec des critères bien définis afin d'y voir plus clair.

Quelles sources de financement privé ?

Le mécénat d'entreprise ou individuel peut contribuer à soutenir des projets. Les caractéristiques des modes d'engagement diffèrent selon le type de financeur.

Ainsi les entreprises investissent-elles dans la culture (25% du mécénat d'entreprise d'après Sylvaine Parriaux d'Admical) sous différentes formes : un apport financier, une aide en compétences, un soutien en nature (locaux, matériels, fournitures).

Il s'agit souvent pour les entreprises de contribuer à renforcer l'attractivité de leur territoire. Il existe ainsi de plus en plus de pôles régionaux de mécénat, à l'exemple de ce qui se fait en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine depuis 2018.

En matière de financement privé, le financement participatif de projets culturels s'est développé. Entre 2015 et 2017, les sommes collectées en France ont ainsi été multipliées par deux, passant de 166 millions d’euros environ à 336 millions en 2017. Cet essor est source d'espoir pour des projets culturels ayant des difficultés à être financés.

Ainsi, Arnaud Burgot estime que les fonds collectés dans les cagnottes participatives Ulule sont destinés environ pour la moitié à des projets culturels, et pour un quart à des projets sociaux, le reste venant en soutien à l'entreprenariat.

Faire appel à la générosité du public ne s'improvise pas : les actions qui demandent soutien doivent être parlantes, concrêtes, proches des intérêts du public afin d'attirer leur intérêt. Et la contrepartie proposée en échange du soutien, est encadrée par la loi.

Il ne fait nul doute que ces nouveaux modes de participation changent durablement les liens  entre le public et les artistes, d'une part et d'autre part, entre les artistes et les financeurs traditionnels desquels ils s'affranchissent pour une plus grande liberté de création hors de toute commande... 

Quand les institutions culturelles font appel au public

Que le financement participatif soit un modèle d’avenir pour la culture ou un phénomène passager, de grandes institutions font également appel à ces nouveaux modes de financement, à l'exemple de l'Opéra du grand Avignon et de sa campagne de mécénat "un fauteuil à l'opéra" pour financer des travaux d'ampleur.

Néanmoins, ces démarches sont parfois reçues avec circonspection par le public, comme a pu s'en rendre compte l'Opéra de Paris. En effet, "le recours au financement privé pose encore problème en France car les gens se demandent pourquoi ce n'est pas l'État qui paie" (les chaussons des danseuses) affirme Jean-Yves Kaced, directeur de l'Association pour le rayonnement de l'Opéra de Paris (Arop) dans un article sur France Info culture.

Pour aller plus loin :
- les statistiques 2018 des sites de financements participatifs : Ulule et Kickstarter
- les règles fiscales pour les entreprises mécènes
- les guides de l'Admical : Mécénat et collectivités ; Fonds et fondations de France ; Impact du mécénat
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En photo : Carine Ladevèze, vice-présidente et Claire Auvray, déléguée générale de FUSE

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Mis à jour le 08/11/2019